FABIEN

Aparté entre Fabien BONNIN

& Arnaud DUFEYS

réalisateur, scénariste & producteur

Après vingt-cinq ans de carrière dans le luxe, et tout spécialement dans la mode, Fabien BONNIN a développé un regard unique : instinctif, curieux, libre et profondément créatif. Formé par les maisons les plus exigeantes et enrichi par une expérience de terrain unique, il dépasse aujourd’hui les frontières de la mode pour relier diverses disciplines et accompagner marques,  groupes  ou artistes dans la construction et l’harmonisation de leurs projets. Doté d’une vision transversale il pense et repense produits, expériences clients et stratégies globales dans le but de bâtir des univers uniques qui font sens.

Un rôle d’harmonisateur – ou de bâtisseur – qu’il nous explique.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai grandi dans le Berry, où j’y ai fait mes études avant d’intégrer ESMOD PARIS en tant que styliste modéliste. En parallèle de mes études, j’ai toujours travaillé dans le Retail. Ces années sur le “terrain” ont été déterminantes durant mon cursus : elles m’ont appris à comprendre les clients de l’intérieur, à lire qui ils sont en moins de deux minutes et faire en sorte, en plus d’être satisfaits, que tout le monde y prenne du plaisir.

À la fin de mes études, j’ai reçu le prix du comité Colbert. Au-delà de la collection que je présentais, je parlais déjà de la vision globale de ma marque : les émotions à susciter, le message à faire passer, l’environnement boutique qui allait en être l’écrin ou les axes de communication qui y seraient associés.

C’est en effectuant un stage dans la maison Kenzo que j’ai compris que ma force résidait moins dans la révolution de la mode que dans la mise en valeur des visions créatives. Je me fis alors le serment d’être un acteur clé auprès des créatifs “To make the dream comes true”.

FABIEN

Pourquoi la mode ?

Lorsque j’étais enfant, mon “doudou” n’était autre que les étiquettes en satin de composition que l’on trouve à l’intérieur de nos vêtements. Le frottement de la matière entre mes doigts ou sur mes lèvres me rassurait, et pour tout vous avouer, sous pression je me surprends encore à le faire. C’est ma madeleine de Proust à moi.

Ma mère, couturière, m’a aussi très tôt bercé dans l’univers de la mode. Je me revois encore assis à côté de la machine à coudre, à toucher les tissus, les sentir glisser entre mes doigts, laissant déjà mon imagination dessiner des idées. Je vivais ces moments intensément, tous mes sens se mettaient alors en éveil.

Enfin, j’ai été enfant de chœur et je pense que c’est à cette période que j’ai appris à percevoir la beauté comme un langage. Mon aube rouge recouverte de dentelle blanche, la chorégraphie des gestes, l’odeur de l’encens que l’on préparait dans la sacristie, la résonance des chants ou des cloches que je sonnais dans cette petite église de village — tout relevait d’une esthétique du sens, d’un art orchestré. C’était ma première expérience d’une beauté qui prenait “forme” devant mes yeux, d’un art total où chaque détail comptait.

Qu’est-ce que ces 25 années représentent pour toi aujourd’hui, avec le recul ?

Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir osé dire oui à des rôles ou projets où l’on ne m’attendait pas, d’avoir pris des décisions qui sortaient du cadre dit “classique”. J’ai appris à faire confiance à mon instinct, à écouter cette voix intérieure qui me guidait toujours.

J’ai dirigé la boutique Lanvin durant presque 10 ans. J’ai aussi collaboré avec de multiples directeurs artistiques, pris soin de nombreuses personnalités, ai dirigé des équipes merchandising et voyagé à travers le monde pour mieux comprendre nos clients, leur culture et leurs environnements. J’ai autant travaillé pour des maisons indépendantes que pour des groupes de renom tels que LVMH ou Richemont ou bien encore de jeunes talents émergents.

Aujourd’hui, je souhaite élargir mes horizons et dépasser le seul univers de la mode, car j’observe chaque jour à quel point ce besoin existe — et je sais pouvoir y apporter mon expertise et mon intuition.

Qu’est ce qui te distingue dans ce secteur ?

Je pense que c’est mon approche pluridisciplinaire : je travaille autant avec les aspects stratégiques que créatifs.

J’interviens à la fois en amont, pour structurer une vision, au cœur pour harmoniser les dimensions créatives et stratégiques, mais aussi en aval pour assurer la cohérence et la justesse de l’expérience.

J’ai toujours eu cette nécessité de connecter la pensée créative des fondateurs ou des directeurs artistiques aux enjeux stratégiques et business. En parallèle, je façonne les contours de l’univers de la marque, l’expérience, l’émotion, tout en gardant évidemment en ligne de mire le client auquel on s’adresse.

Cette harmonie donne ensuite force et singularité à chaque projet, et devient un levier concret de croissance et de reconnaissance.

Quelles collaborations ou rencontres ont été marquantes pour toi ?

Sans hésitation, ma collaboration avec Alber Elbaz chez Lanvin.  Les douze années que j’ai passé à ses côtés ont constitué une chance inouïe pour débuter ma carrière. Alber était un génie : de la mode, bien sûr, mais aussi de la narration, du marketing subtil et de la mise en scène.

Il m’a appris que le savoir-faire, l’authenticité et le rêve accompagné d’une pointe d’humour, pouvaient former une équation parfaite. Avec lui, j’ai compris plus que jamais que la mode n’était pas tant un métier mais avant tout une passion.

Une autre collaboration a été tout aussi structurante, cette fois du côté du business. Une collaboration triangulaire avec Philippe Fortunato et Ramon Ros, alors respectivement CEO et directeur international de Givenchy. Durant cinq ans, ils m’ont appris à être agile, à innover, à analyser autrement, à orchestrer avec précision — et surtout, à construire.

Deux collaborations, deux langages, deux univers.

L’une m’a donné le sens du beau, du savoir-faire et de la mise en scène.
L’autre m’a donné la vision, la rigueur et la capacité de bâtir.

Ensemble, elles ont façonné mon regard et ma manière d’agir dans ce secteur.

Qu’est ce qui concrètement t’a donné le désir et la légitimité d’élargir ton accompagnement de la mode à d’autres modes d’expression ?

Travailler pour des maisons comme Lanvin, Dior, Givenchy ou Montblanc vous forme immédiatement à l’excellence, à l’importance du détail, l’exigence du geste et de l’idée juste, au Think big” comme des réflexes naturels. Très tôt, j’ai compris que ces maisons ne créaient pas seulement des produits, mais des visions — et que celles-ci devaient s’exprimer dans chaque dimension de la marque.

L’envie d’élargir mes activités vers une palette plus large que celle de la mode est née de l’alliance entre l’expérience que j’ai accumulée et de cette nécessité de faire émerger des cohérences subtiles – celles qui se ressentent avant même de se voir. C’est précisément ce que recherchent beaucoup de maisons, de groupes, d’hôtels ou d’artistes — une vision qui harmonise, qui révèle et qui relie.

Qui, ou qu’est ce qui, t’a conduit à ce choix ?

J’ai souvenir que Charles Jeffrey, de la marque éponyme, m’appelait son Business Therapist”.

J’ai toujours été celui à qui l’on venait demander un regard transversal, celui qui créait des ponts ou clarifiait, qui structurait ou qui donnait du sens. Celui à qui l’on confiait des projets encore confidentiels, ou qui accompagnait des professionnels en quête d’un nouvel élan.

Avec le recul, force est de constater que je jouais déjà ce rôle — sans le nommer.

Mon parcours

Interview : Arnaud DUFEYS – Makintoshfilms
Portraits :
Barbara Buchmann-Cotterot

Apparte entre Fabien Bonnin et Arnaud Dufeys